La nuit, la ville est fragile comme une meringue

 

MILLAU-VID

 

Millau la nuit….
Y’a qu’un putain de silence pour chasser les ragots,
Y’a encore trop de schizos, des paranos, esseulés, des accros, beaucoup trop,
La langue chargée, de la morphine pour glisser dans le vide,
La nuit, on creuse le vide, on compte ses rides.

Millau la nuit..
Y’a plus de p’tits sourires, même une petite seconde,
Y’a plus de flics qui parfois roulent en trombe comme pour un vol de Joconde,
Y’a plus d’hommes le dos rond, tirant sur une blonde,
La nuit n’est plus féconde, j’ai peur d’une hécatombe.

Millau la nuit…
Y’a plus de marguerita qu’on mange avec les doigts,
Y’a plus de tacos, franchement, y’a pas d’quoi être aux abois,
Y’a plus de burger, frites, coca,
T’inquiète, la nuit, la ville fait encore du gras.

Millau la nuit…
Y’a même plus un seul homme pissant la bière,
Y’a même plus un seul chat de gouttière,
Y’a q’des ronds points qui tournent en rond,
La nuit, pitié pour mes voisins, j’aimerai crier et souffler dans un clairon.

Millau la nuit…
Y’a plus de dingues qui roulent comme des dingues,
Y’a plus de jeunes dans la picole, dans la déglingue,
Reste des insomniaques muets et sourdingues,
La nuit, la ville est fragile comme une meringue.

 

 Texte et photographies, Millau le 21 mars 2020 au 5ème jour du confinement