Laissac

6 mai 2020

Des vaches, y’en aura toujours !

MILLAU-VID et LAISSAC- VID   Depuis le 7 janvier, chaque mardi, chaque matin, 5 heures sonnées, je prends la route de Vaysse Rodier, direction Laissac. Cet hiver, je l’ai connue enneigée, verglacée, simplement embrumée. Mais je l’ai surtout affrontée méchamment noyée dans un épais brouillard, à rouler le nez sur le volant à espérer vivement que ce drap blanc se déchire en plongeant dans la descente des Palanges fantomatique et hypnotique. C’est une route un brin joueuse et malicieuse. Elle peut surprendre les petits malins. Elle est sournoise et hasardeuse car mine de rien, du haut de ses 1000 mètres d’altitude, passé la Croix des Pathus, elle prend tous les vents, tous les mauvais grains, les premières neiges voltigeuses et accrocheuses, les brouillards les plus insistants sur cette croupe assagie mais si mal léchée. Très franchement, la RD 26 ne craint ni les rhumes, ni les engelures.   En ce 50ème jour du confinement, pour la première fois, j’ai pris la route jour naissant pour arriver à Laissac au grand jour réjouissant dans une belle lumière rasante, éblouissante. Le marché aux bovins avaient donc repris ses habitudes après six semaines en sommeil. J’ai vite retrouvé mes habitudes. Sortir les bottes, agrafer son badge puis longer les camions à cul fumant empestant dans l’attente de rentrer dans l’enceinte du foirail. Le bistrot, La Patche, était ouvert, j’ai rencontré Claire. C’est la patronne, une épaule collée à l’embrasure de la porte. D’ordinaire, le bar est déjà noir de blouses noires, bruissement sourd, […]
9 décembre 2019
Marché des boeufs de Noël à Laissac (Aveyron) 2019

Robes brunes et blouses noires

  L’homme dégrafe sa ceinture, son pantalon glisse sur ses genoux. Il s’assoie sur le ciment dur, froid et rugueux, repliant d’un revers de la main sa blouse sous ses fesses « que voulez vous, je n’ai pas eu le temps de déplier mes ailes ». Deux jeunes femmes lui massent la cuisse droite, les pouces s’enfoncent dans le gras, il glousse l’œil titilleur «faut qu’en même garder l’sourire, heureusement qu’il me reste encore ça». Au p’tit matin, l’homme s’est fait plaquer au sol par une bête matrone au sortir de son camion. Peut être une fraction d’inattention, sans doute une génisse sauvageonne qui dévisse, les sabots qui claquent sur le métal, une tonne de muscles et de gras qui décolle et c’est pas de bol. En arrivant nuit mourante, les Palanges en soupentes, sur le foirail de Laissac, j’ai vite compris que mettre un pied dans ce labyrinthe, c’est comme de rentrer l’air effaré dans un bastringue enfiévré. Mieux vaut ne pas avoir la tête fracassée. J’ai fait deux pas, une main serrée sur la rambarde, j’ai vite été repéré, un éleveur de Lugans m’apostrophe, le doigt levé, bonne bouille, cheveux bouclés, «ici faut avoir des yeux partout». Aujourd’hui, c’est jour de marché aux bœufs gras de Noël. Deux à trois pas de plus pour atteindre l’allée centrale et ce curieux ballet, ce tourbillon à neutrons, vous  absorbe, vous aspire. Immense corral, immense alpage, immense gare de triage en ébullition…Vachers, petits commis, éleveurs au pas de course, tout en esquive, pas […]